Lyon Prospective reçoit le Rabbin Wertenschlag

Lyon Prospective21 octobre 2009, Lyon Prospective reçoit le Grand Rabbin Richard Wertenschlag pour évoquer avec lui les points communs et de divergences qui peuvent subsister entre les grandes religions monothéistes.

Richard Wertenschlag commence son intervention devant 90 personnes en faisant un commentaire sur l’épisode biblique de la Tour de Babel. Il convient de comprendre que le projet de la Tour de Babel naît d’une idée louable en apparence, celle de préserver l’unité du genre humain et d’éviter sa dissémination dans le monde. L’objectif semble insensé. Il s’agit de construire une tour qui puisse atteindre les cieux. Mais il cache en fait des intentions malsaines, la volonté de se faire un nom, de défier le Créateur en voulant affirmer son indépendance vis-à-vis de lui. De plus, le régime dictatorial mis en place ne permet plus, la liberté d’opinions. En effet, toute personne s’élevant contre ce projet était purement et simplement éliminé.

Le Maître du monde réduit ce projet à néant en créant la confusion. Il n’y a plus désormais une langue commune, le protosémitique – langue afro-asiatique dont sont issues les diverses langues sémitiques telles l’hébreu ou l’arabe mais 70 langues différentes. Plus personne ne se comprend.

Notre culture judéo-chrétienne a conservé cette nostalgie d’un univers où tout le monde partageait une langue commune.

Le monde a été créé sous le signe de la dualité alors que Dieu est un et unique. L’humanité, du fait de cette contingence duale, risque en permanence de déraper dans la discorde d’abord et dans le conflit par la suite. Nous en voulons pour preuve l’histoire fondatrice de Caïn et Abel, les premiers fils du couple originel, Adam et Eve: Caïn, le chasseur nomade s’oppose à son frère Abel, l’agriculteur déjà dans l’occupation des sols. Le premier est avare, le second généreux dans ses offrandes au Créateur. Ses sacrifices sont agréés. La jalousie de Caïn va le conduire à commettre un crime fratricide, le premier dans l’histoire de l’humanité.

Toutes les religions monothéistes se reconnaissent dans la filiation à Abraham, le patriarche, qualifié dans la Bible, de père de la multitude des nations. Il a montré l’exemple de la bonté, de l’hospitalité, de l’amour du prochain.

L’ordre chronologique de l’apparition des religions monothéistes est le suivant : Judaïsme, Christianisme et Islam. Le peuple juif, chronologiquement antérieur aux autres communautés religieuses est le fils aîné de Dieu. Il est choisi pour être un peuple saint et un royaume de prêtres. Il ne revendique aucune supériorité, mais il doit en assumer les responsabilités et les charges.

Les points fondamentaux qui rassemblent les religions monothéistes sont les suivants :

  • la création ex nihilo‬,

  • la révélation à travers les prophètes‬,

  • la croyance en la Providence divine, en l’immortalité de l’âme et la résurrection du corps‬,

  • la croyance dans un progrès moral de l’humanité avec la venue du messie.

Une de ces notions distingue aujourd’hui le christianisme des deux autres religions monothéistes, à savoir que pour les chrétiens, le messie est déjà venu et reviendra au temps de la parousie, à savoir du retour glorieux de Jésus Christ à la Fin des temps bibliques dans le but d’établir définitivement le Royaume de Dieu sur la terre. Le Judaïsme considère que le messie n’est pas encore venu et en veut pour preuve qu’il y a encore des guerres. En effet, les juifs croient que le descendant de la dynastie davidique sera l’arbitre de paix entre toutes les nations et qu’il mettra fin à une civilisation matérialiste. Ce sera le temps du rassemblement des exilés, et de la reconstruction du Temple de Jérusalem sur son site originel.

La situation du peuple juif est en ce sens unique au monde qu’après 2000 ans, il souhaite retrouver sa terre ancestrale au sens étymologique du mot. Déjà, selon le Rabbin Wertenschlag, Israël a transformé en quelques années un désert en une contrée de haute technologie et de culture. La terre d’Israël se mérite. Elle refuse ses habitants qui ne se conduisent pas conformément à la volonté divine. Le peuple juif a connu lui-même deux exils successifs de la majorité de sa population, au temps de Nabuchodonosor et de Titus. Depuis lors, ces 2000 ans ont vu se développer tout au long des siècles, en âge d’or des périodes de relative tolérance, et de persécutions culminant avec la Shoa.

Aujourd’hui encore, dans un autre registre, il est très courant de confondre israélite et Israélien, de faire des amalgames et Richard Wertenschlag nous rappelle que les juifs de France sont avant tout… des français !

Les antisémites passent le plus clair de leur temps à chercher des raisons de haïr les juifs, et en ce sens, les griefs les plus récurrents sont :

  • le juif capitaliste qui exploite les malheureux‬,

  • le juif pauvre et porteur de la peste révolutionnaire‬,

  • le juif apatride‬,

  • le juif sioniste qui de retour sur sa terre ancestrale est considéré comme un colon.

Au vu de ces quelques exemples, il est clair que l’antisémitisme ne découle pas d’une logique.

Afin de parvenir à une solution au Proche Orient, il convient d’abord que les peuples fassent un effort pour mieux connaître l’histoire du peuple juif. Force est de constater que le négationnisme de la Shoa et de l’existence du Temple de Jérusalem est une pratique courante et fort répandue dans cette partie du monde.

Dans tous les cas, le fait de tendre la main et de rechercher la paix est une exigence fondamentale, une obligation morale du judaïsme envers les autres religions et les autres peuples. Un jour, tôt ou tard, la reconnaissance mutuelle arrivera et les hommes comprendront qu’ils ont tout intérêt à partager et tolérer.

La position du monde chrétien vis-à-vis de la communauté juive, est, depuis la seconde guerre mondiale, après la tentative d’éradication du peuple juif dans une Europe majoritairement chrétienne, dans une démarche de repentance, et des gestes forts, des initiatives nombreuses, favorisent l’établissement d’un dialogue constructif, et sympathique..

Il est urgent que les hommes de religion s’impliquent davantage, afin d’ «éduquer les coeurs» en donnant à la nouvelle génération, l’amour de la paix et non de la guerre. L’heure est venue briser les frontières qui paraissent encore aujourd’hui pour certains infranchissables.

En guise de conclusion, le Rabbin Wertenschlag nous dit que malgré les conflits, malgré les clivages et les antagonismes, il ne faut pas désespérer. La cité en tant qu’organisation humaine est le lieu idéal pour construire des projets ensemble et les faire vivre en harmonie.

Prochain rendez-vous : le Général Xavier Bout de Marnac, Gouverneur militaire de Lyon le 26 novembre prochain à 19h.

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