L’inadmissible article du NouvelObs sur le retour des otages d’Afghanistan

Il y a des moments où les corporatismes devraient laisser place au bon sens et à la réalité des faits. Il est des moments où les journalistes, hérauts de la vérité et de la narration de « ce qui se passe pour de vrai sur le terrain » auraient meilleure conscience en étant plus cohérents. Il est des moments d’une incroyable pesanteur qui donnent une perspective différente sur les choses. Nous venons de vivre l’un de ces moments.

Il y a quelques heures au moment où j’écris ces lignes, cinq soldats français perdaient la vie au cours de leur mission, cibles d’un attentat suicide à l’explosif dans un village proche de la vallée de la Kapisa. Quatre autres sont blessés dont un très grièvement. En effet, après l’explosion, des insurgés ont pris pour cible les rescapés à l’aide d’armes légères. Il s’agit donc d’une attaque coordonnée dont le seul but était de tuer le nombre le plus important de militaires français.

Voilà la réalité de ce qu’est l’Afghanistan aujourd’hui.

On voudrait nous faire croire que dans un pays en guerre, après avoir passés plusieurs jours consécutifs accompagnés par l’armée française sur le théâtre des opérations, cette même armée ne leur ai laissé aucune consigne ? On voudrait nous faire croire que l’on se promène en Afghanistan sous escorte militaire sans que jamais les forces de sécurité ne nous informe des règles permettant de prévenir toute tentative d’enlèvement ? J’ai l’intime conviction que l’on nous prend pour des imbéciles ! Je rajoute sur ce point que l’armée française est celle qui forme au mieux ses personnels sur le comportement de sécurité. En effet, les américains par exemple sont beaucoup plus attachés à la notion de matériel et d’équipement que de culture de la sécurité au combat.

Cette réalité est bien différente de celle que veut nous faire avaler Jean-Baptiste Naudet du Nouvel Observateur dans son édition du 7 juillet 2011.

Ainsi, il cite Hervé Ghesquière : « J’ai entendu sur les chaînes de télévision des analystes et d’anciens reporters de terrain qui ont dit : « l’armée française les avait prévenus, ils allaient au devant de graves problèmes, de graves périls. » C’est absolument faux ! Personne ne nous a rien dit ». Je veux bien admettre que plus de 500 jours de détention dans des conditions certainement très éprouvantes altèrent la mémoire, mais à ce point, c’est tout de même impressionnant.

Je sais de source militaire, et que je ne citerai évidemment pas, que cette version des faits est une aberration qui non seulement met en doute le sérieux de notre armée, mais qui plus est contredit les faits. Lesdits faits sont les suivants : les journalistes ont été escortés par l’armée française pendant toute la durée de leur reportage, comme convenu au moment de la préparation de leur travail sur le terrain. A l’issue de celui-ci, l’armée française a reconduit et escorté les journalistes jusqu’à l’aéroport de leur départ d’Afghanistan en les mettant constamment en garde sur les risques encourus à vouloir travailler sans la sécurité du personnel militaire. Les journalistes ont outrepassé ces avertissements et ont quitté l’aéroport pour réaliser un reportage par leurs propres moyens. La suite, vous la connaissez…

Maintenant, jetons un oeil sur les conséquences de la prise d’otage. Quelques soient les circonstances dans lesquelles des ressortissants français sont enlevés, la France met en oeuvre immédiatement un dispositif visible ou non pour les récupérer au plus vite et surtout en garantissant au mieux leur intégrité physique et morale. En l’occurrence, et au-delà du coût évoqué dans l’article de Jean-Baptiste Naudet, ce sont des militaires français qui ont mis leur vie en danger au service de leurs compatriotes enlevés. Tout a été mis en oeuvre pour arriver à une issue heureuse à cette prise d’otages. Force est de constater que cela a été un succès comme ils sont de retour dans leurs familles. Dernier élément, nous ne saurons jamais si le décès de l’un des hommes des forces françaises entre leur enlèvement et leur libération est lié ou non à leur recherche.

Ce que je n’admets pas, c’est que ce qui les a conduit à se retrouver dans cette situation critique est à l’opposé de ce que la corporation entière appelle le professionnalisme. Car un comportement professionnel est de fait un comportement responsable. En la matière, le comportement des journalistes est parfaitement irresponsable. Nous ne saurons jamais quel aurait été leur but. Est-ce leur rédaction qui leur a demandé de fausser compagnie à l’armée française pour effectuer un reportage sur un sujet que nous ne connaitrons probablement jamais et dont nous ne verrons jamais, de facto, la moindre image… ?

Je me réjouis de leur retour en bonne santé en France et du bonheur que cela leur procure ainsi qu’à leurs proches, mais c’est tout.

Quand les syndicats de journalistes et organisations professionnelles avaient répliqué à Claude Guéant e décembre 2009, fustigeant une « méconnaissance totale du métier », je ne peux m’empêcher de leur retourner le compliment sur leur connaissance des règles de sécurité dans un pays en guerre. Or, si il est un corps professionnel dont c’est le métier exclusif, c’est l’armée française ! Par honnêteté intellectuelle et par respect des professionnels qui ont assuré leur sécurité, ces journalistes ne peuvent décemment tenir les propos relatés dans cet article

Enfin, comment Jean-Baptiste Naudet peut-il soutenir un propos aussi incohérent, sans la moindre prise de recul sur le sujet, sans la moindre réflexion sur le contexte ? Est-ce un reflex pavlovien corporatiste ? Est-ce tout simplement une « méconnaissance totale des contextes de guerre » ? C’est d’autant plus choquant que Jean-Baptiste Naudet a une connaissance des contextes de conflits armés. Il a en effet couvert la guerre en ex-Yougoslavie et le conflit Tchétchène depuis Moscou.

Revenons pour finir sur les soldats tombés aujourd’hui, ils ne sont pas morts en vain, ils ont payé de leur vie le prix de notre sécurité et de la grandeur de la France. J’adresse ici mes plus sincères condoléances à leurs proches et leur familles et les assure de mon amitié sincère.

J’ai enfin pour finir une pensée particulière pour tous les militaires français engagés sur des terrains d’opérations difficiles et extrêmement tendus et leur fais part de ma gratitude et de mon admiration.

5 réflexions sur “L’inadmissible article du NouvelObs sur le retour des otages d’Afghanistan

  1. C’est avec la même logique qu’un journaliste ne devrait pas aller enquêter dans le 9.3. sans l’accompagnement d’une patrouille de la BAC, ou filmer une grève autrement que derrière une compagnie de CRS.

    Peu importe qui ment ou pas, on aura surtout retenu que c’est Guéant, Morin, et Georgelin qui ont eux-même pris l’initiative de les dé-crédibiliser publiquement à un moment où on attend de leur fonction une attitude de soutien ; il y a eu un manquement au devoir de fraternité envers des compatriotes.

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  2. @Oliezekat : dois-je vous rappeler les moyens qui ont été déployés et qui ont aboutis à leur libération ? Faut-il vous rappeler aussi qu’ils sont en bonne santé et aujourd’hui près de leurs proches ? C’est cela que vus appelez « manquement de devoir de fraternité envers des compatriotes » ? Il faut tout de même être sérieux je crois…

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  3. Un très bon article !!
    @Oliezekat : Comparer le 9-3 avec les montagne afghanes, bravo, fallait oser.. certaines banlieues sont dites « chaudes », mais ne les comparez pas avec des théâtres de guerre, ce sont deux mondes diamétralement opposés..

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